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Pourquoi investir dans un boviduc ?


Créé le 26/05/20

Dépenser 30 000 €, 50 000 € dans un boviduc ? Vous n'y pensez pas ! Et ma logique économe-autonome? Nombreux sont pourtant les pâtureurs heureux de l'avoir fait : le boviduc permet d'envoyer leur vaches travailler de l'autre côté de la route à la place de l'éleveur, en délestant celui-ci du stress de la traversée de la chaussée avec le troupeau.  

Voilà qui plus est un matériel qui ne va pas tomber en panne d'électronique et n'a nul besoin de fioul, ni de lubrifiants pour rendre service au quotidien.  Bref, un investissement "béton", mais aidé de manière tres diverse par les collectivités. Trois témoignages. 

 

Quand Régis Landais s'installe en 1993 à la Vincais à Grandchamp des Fontaines (44), le siège de son exploitation est entouré d'un îlot de 56 ha coupé en deux par une route départementale sur laquelle 3000 véhicules circulent chaque jour. 8 ha entourent le siège, les 48 autres sont juste de l'autre côté de la route.

Pour Régis, l'investissement dans un boviduc est plus que vital pour maintenir son activité et faire pâturer plus. La réduction des risques au niveau sécurité et l'amélioration de son confort de travail pèsent aussi dans la balance.
Les démarches prendront deux ans avant d'aboutir en 1996 à la construction du boviduc qui lui permet déplacer seul ses 65 VL, de jour comme de nuit. A l'époque, l'opération coûte 29 000 €. Régis en finance 21 000 € grâce à un Plan d'Amélioration Matérielle. Le reste est pris en charge par le Conseil Général et l’État.
Régis est depuis passé en EARL avec un associé et le siège d'exploitation a été déplacé de l'autre côté de la départementale. Le boviduc ne sert désormais que deux ou trois fois la semaine mais il aura permis à l'éleveur de travailler au quotidien dans de meilleures conditions, pendant des années.

 

Aller plus loin sur les reflexions autour du travail sur la ferme sur http://transae.civam.org/

 

 

Construire un boviduc pour gagner en confort de travail

A Launay Modu en Plouguenast (Côtes d'Armor), Patrick et Fabienne Thomas ne disposaient que de 8 ha facilement accessibles aux vaches. Ils les amenaient malgré tout sur des parcelles plus éloignées. Problème : il fallait emprunter des routes pour y accéder.

"C’était pour nous très limitant, commente Patrick. On devait être deux pour gérer le troupeau. On n’amenait les vaches sur ces prairies que la journée, avec de bonnes conditions de visibilité. Sinon, cela devenait trop dangereux".

 

Le boviduc a été creusé sous une départementale. Il débouche directement sur un îlot de 15 ha de prairies groupées Depuis mai 2017, "quand on ouvre le portail aux vaches, elles vont seules jusqu’aux prairies. Plus besoin de traverser la route. On a vraiment gagné en confort de travail".

Cet accès aux deux blocs de pâturage jour et nuit est très positif pour Patrick et Fabienne. Ils n’ont pas ouvert le silo de l'été. "On a pu rester en pâturage plat unique pendant 6 mois de l’année, contre 3,5 mois habituellement". En plus du confort de travail, des économies non négligeables de stocks ont été réalisées.

 

La construction du boviduc en pratique

Chez les Thomas, le boviduc a coûté 40 000€ HT. Ce coût est plus élevé que la moyenne (autour de 30-35 000€) car la route traversée est une départementale et 2 pentes ont été aménagées à la sortie. Le projet a été éligible aux subventions régionales. Il restait 29 500€ à la charge de l’exploitant. Patrick Thomas relativise ce coût : "C’est le prix d’une autochargeuse, sauf que ça va durer des années et il n’y a pas de frais d’entretien, ni de carburants."


La première démarche à faire est de contacter l’antenne locale des services de l’équipement (ex DDE) pour la faisabilité technique du projet. Il s’agit de vérifier si les conditions topographiques ainsi que l’absence de réseau enterré permettent de réaliser un tel ouvrage. "La personne était très compétente, se souvient Patrick. Nous avons eu une liste des actions à réaliser pour mener à bien notre projet, ce qui a facilité notre tâche".

 

Les critères techniques du projet (longueur du boviduc, hauteur de remblai, charge à supporter, …) sont définis par les services de l’équipement. Il faut ensuite réaliser des devis avec des entreprises de Travaux Publics puis le dossier de faisabilité peut être déposé auprès des services départementaux*.

"Pour la subvention, nous avons complété le dossier avec l’aide de la DDTM et ils se sont chargés de l’envoyer à la Région" ajoute l'éleveur. Après l’accord de la subvention régionale, les services de l’équipement et l’entreprise de TP retenue préparent les travaux conjointement (mise en place de la déviation, respect des critères techniques, …).

 

Une fois que tout est prêt, les travaux peuvent commencer.
"Nous avons commencé les démarches en juillet 2016, et le chantier a eu lieu en mai 2017. Nous ne voulions pas de travaux durant l’hiver pour préserver nos sols". La pose du boviduc a demandé une semaine.



Attention, selon les zones les aides sont variables voire inexistantes pour ce genre d'investissement selon les zones. Renseignez-vous auprès de votre Agence de l'eau, votre Conseil Régional ou votre Civam !
A noter qu'en Région Bretagne, grâce aux démarches du Cedapa et à l’appui du vice-président pâtureur Olivier Alain, les boviducs ont été intégrés aux projets finançables dans le PCAEA breton

 

 

Patrick et Fabienne Thomas appréhendaient le 1er passage dans le boviduc, et finalement "cela s’est très bien déroulé. Les vaches sont arrivées devant, elles ont observé, la meneuse est passée et tout le monde a suivi." Maintenant, elles l'empruntent seules. (Photo Défis Ruraux).

 

Le choix du boviduc, en cohérence globale avec le système

Dans le système très herbager de Gérard Grandin dans l'Orne, le choix des vêlages groupés de printemps n'est qu'une des nombreuses traductions de sa volonté permanente de réduire le travail et les charges et sa recherche de cohérence.
Gérard n'investit pas à la légère : depuis son installation il s'est autorisé en tout et pour tout un agrandissement à moindre frais de la salle de traite pour passer de 2x3 à 2x5 postes, et un tracteur de 65 ch pour faner et dérouler le foin, sans cabine ni pont-avant, acheté 20 000 €.

Il a pourtant fait le choix de débourser 43 0000 €, entièrement à sa charge, pour faire creuser un boviduc sous la route afin que le troupeau accède à l’autre côté de la départementale, Le système est ainsi passé de 30 à 37 ha accessibles aux laitières et 12 autres qui le deviennent un peu plus et où il envoie les génisses. Cela fait la différence pour qui veut sortir ses vaches 11 mois sur 12.

 

Un investissement réalisé sans aides pour certains...

"J’ai contacté le Conseil général qui m’a redirigé vers les services voiries départementaux et locaux" raconte Gérard, L’étape suivante fut de contacter un maître d’œuvre pour réaliser le boviduc. "C’est la partie la moins facile. Il faut se tourner vers les entreprises de travaux publics qui ont plus de savoir-faire et l’habitude de gérer des chantier avec les services publics."

La complexité a été de se coordonner avec le département, le syndicat des eaux et le maître d’œuvre. Le déplacement de canalisation est à la charge du syndicat des eaux. Le maître d’œuvre, l’entreprise, s’arrangent directement avec la voirie et la commune pour les plans et les éventuelles déviations de canalisation d’eau, d’électricité ou de gaz.

Avec une route communale, le coût diminue. Les contraintes sont moindres… et le boviduc plus petit, donc moins cher. "Le chantier en lui-même prend deux semaines et je ne me suis occupé de rien." Pendant ces deux semaines, le CG a donné son accord pour bloquer la route. Et le boviduc a été livré prêt à l’emploi.

 

Un boviduc : moins cher qu'une autochargeuse

Sur les 43 000 €, 3000 € payent l’aménagement d’une pompe de relevage. Gérard s'est amusé à comparer ce coût avec celui d'une autochargeuse amortie aussi sur 10 ans en incluant bien sûr son coût d'utilisation (sur 150 jours/an). Résultat 4500 €/an pour le boviduc, 7500 €/an pour l'autochargeuse. Pas photo.

 

 

Un article rédigé par Jean-Marie Lusson, Réseau Civam, et paru dans la lettre de l’agriculture durable n°85
d'après Aurélien Leray, Domitille Cribier et Amael Samson.
Merci à l'Echo du Cedapa et de l'Adage.